Boire le soleil avec ivresse et dévorer la lune des yeux...



Et en un battement de cils, assise face au soleil comme si je le buvais avec ivresse, j’ai compris… J’ai compris qu’il n’y a rien à exiger de soi, des autres et de la vie toute entière.

En nous reconnaissant pleinement comme l’expression même de la vie - des dimensions des plus palpables aux plus subtiles - il ne peut plus en être autrement. Il nous est alors impossible d’attendre quoi que ce soit, retenir qui que ce soit, espérer avec douleur, souhaiter avec empressement, imaginer avec frustration, donner à ceux qui ne peuvent pas recevoir, recevoir ce que nous ne voulons pas, se priver de ce que l’on désire vraiment, brader notre présence, négocier notre absence, marchander notre propre valeur ou rabaisser celle des autres. Pourtant… même dans tout cela, c’est la vie qui s’ignore elle-même pour pouvoir apprendre à se reconnaître et à tout accueillir.


Nous sommes la garantie qu’elle puisse perdurer par notre propre foi en elle, en dépassant toutes les formes d’ignorance qui font barrage à celle que l’on pourrait s’offrir avec grâce et abondance. J’ai appris à sentir en moi les effets libérateurs de laisser le grand mystère divin être... pour se laisser être... le laisser aux commandes avec confiance, car tout nous mène à sa connaissance intime et donc à nous-mêmes au cœur de toutes nos expériences.

Alors ce matin-là, tellement comblée par sa présence si aimante et réconfortante, j’ai surtout compris, en le regardant droit dans mes yeux avec ma paire de lunettes polarisées, que Dieu porte le nom de Cœur et qu’il bat en moi pour ne jamais se faire oublier...


C'est la pleine lune... J’appuie sur le bouton « enter » pour poster ces quelques mots. Cette touche est de circonstance. Nous entrons dans un cycle qui nous fait changer de ligne, sous les traits d’une lune pleine, pour arrondir nos angles.

Elle se veut être notre éclairage pour nos traversées émotionnelles nocturnes sans lampe de poche. Et elle précède l’Equinoxe d’Automne de demain pour pouvoir nous conduire, sans nous faire trébucher par nos propres obstacles, vers le changement libérateur qu’il nous propose. Il nous chuchotera avec la fraîcheur de son souffle que l’été s’en est allé, et qu’une nouvelle histoire commence : celle qui révèle toutes nos couleurs et nuances, et qui laisse partir une part de nous-mêmes qui a fait son temps. Telles les feuilles des arbres qui tomberont, ce dénuement est ainsi nécessaire pour nous préparer, sans lourdeur et avec douceur, à notre prochain hiver intérieur.

L’automne est pour cette raison ma saison préférée. Elle est tempérance, elle est transition, elle est préparation. Elle me donne envie de marcher en pleine forêt sur un tapis de feuilles qui me montre toujours la direction vers la voie du silence, à l’écoute de ma voix intérieure.

Je vais enfiler une veste et aller voir si la lune n’est pas cachée par les nuages.

Je vais m’assoir quelques instants au bord de la rivière en bas de chez moi pour écouter le chant de l’eau. Je vais laisser couler mes préoccupations. Je vais accueillir le rythme et le mouvement de ce rendez-vous tendrement solitaire et pleinement relié à cette nature qui ne me fait jamais me sentir seule.

Je ressens à cet instant précis qu'elle est le seul métronome à suivre pour retrouver une vie en accord avec soi. Au coeur même de la nôtre parfois en friche, notre propre nature est de ce fait la partition fleurissante avec laquelle nous pouvons jouer. Et cette musique-là n’est que harmonie si nous composons avec tous les instruments que nous sommes.


Et en un battement de cils, assise face à elle, toute aussi éclairante que le soleil qui a réchauffé mon coeur, j’ai compris…

Ce soir, au clair de lune, je joue la sonate de ma plus belle saison car j’ai l’agréable sensation résonnante de sonner enfin juste…




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